Aux promeneurs de l’Internet dans un paysage de tracking

Quelques réflexions sur les promenades d’Internet, un blog, ses logs et qui se protège en cartes.

Dans quel État, j’erre ?

Au départ de GeoSophie, une connaissance proche du zéro pour tout ce qui concerne l’informatique technique. Le site utilise une charte clé en main proposée par WordPress en se bornant à sélectionner des couleurs. Je choisis OVH pour l’héberger parce qu’il est français, me disant que le site sera localisé en France en respect du droit français. Ouf, c’est le cas ! Avec un bémol toutefois. Lorsque je me connecte sur le « manager », j’arrive sur un serveur hébergé au Canada. La raison évoquée par OVH à qui je fais part de mon dépit : la société a préféré placer ce service au Canada pour disposer de serveurs « au frais ». OVH me rassure : le contenu de GeoSophie reste, lui, hébergé en France.

Des outils logiciels sur étagère

J’aime partager des contenus et idéalement, en discuter et les améliorer ; c’est la raison de ce blog. Sans doute un reste de mon expérience de chercheuse au sein de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (Aix-en-Provence) ou de celle de porteuse de nouvelles pendant 10 ans à la rédaction du magazine Diplomatie. Vouloir partager de l’information impose de s’intéresser au lecteur, de s’ouvrir à la discussion et de se placer, dans mon cas,  en capacité de comprendre quels mots clés guident vers GeoSophie, quelles recherches vous (lecteur) conduisent à moi. J’ai donc d’abord installé un outil de statistique sur WordPress, puis Google Analytics, le tout pour comprendre aussi la réception que vous portez aux sujets du blog. La page Facebook du site me permet par ailleurs d’entretenir un lien avec vous sur un autre type de plateforme. Il s’agit seulement d’une sorte de fil et non d’une activité de buzz, les publics ne sont pas exactement les mêmes. La Tunisie arrive en seconde position des gisements de « j’aime » par exemple. La page Facebook de GeoSophie ne développe pas de politique de « j’aime », car à titre personnel je n’aime pas m’engager à la légère, de façon trop générique ou trop absolue : partager une idée n’est pas « aimer » la page entière, et je ne force pas les autres à le faire, chacun sa promenade. Il y a cependant trois exceptions (celles qui confirment la règle) afin de soutenir une démarche : l’HIIK et ses jeunes chercheurs qui luttent contre une analyse des conflits basée sur des BIG-DATAS issues de rafles automatisées des informations de presse; le Gorafi qui éclaire l’état d’une presse devenue caisse d’enregistrement; IntStrat pour son dynamisme et son enthousiasme.
Après avoir désinstallé en janvier l’outil de statistiques qui n’avait plus été mis à jour par le développeur et causait des erreurs sur le site, j’installe Jetpack. Cette extension est présentée comme l’outil très complet de WordPress.com permettant également aux promeneurs de s’inscrire à une newsletter. Après une semaine de test, je le désinstalle également : il se révèle trop gourmand en regard de son réel intérêt pour ce blog, provoque des ralentissements d’affichage du site, communique trop d’informations à un site commercial (WordPress.com n’est pas WordPress) et personne ne s’est abonné – là encore, je trouve cela très compréhensible, je fais pareil. De surcroit, ne voulant pas créer de tunnel entre GeoSophie et la page Facebook, l’intérêt d’une telle usine à gaz se réduit encore davantage.

Qui se protège dans ses promenades ?

Aujourd’hui, je viens de désinstaller Google Analytics et partage avec vous deux petites cartes en guise de conclusion sur ce que cet outil m’a apporté. Si Google Analytics vous voit de moins en moins (chacun essaie de laisser le moins de traces possible), il m’a quand même permis de vous livrer une carte de l’avancée de Ghostery (1) et ou apparenté(s). J’ai, comme vous, installé ce petit module pour détecter ce qui me trace en promenade et je vous comprends très bien : nous voulons bien éventuellement, parce que nous respectons les auteurs, ne pas utiliser les informations que nous trouvons sur un site sans en citer la source, informer le propriétaire d’un site que nous consultons ses informations mises en ligne, d’accord, mais de là à dire où l’on habite, si l’on aime le sport et donner notre âge à un tiers dont les contours sont incertains, il y a un sacré pas à franchir. Surtout quand on ne sait pas à combien de destinataires l’information est communiquée.
Voilà donc la carte de 6 jours de suivi par Google Analytics, ou plus précisément la localisation de ceux qui sont venus sur GeoSophie sans utiliser de protection contre le traçage :

GA20140214

Voici la même période 6-12 février vue par l’outil de statistique de l’hébergeur (301 visites ne sont pas localisées car non localisables) :

OVH20140214

Cette petite juxtaposition montre essentiellement que les promeneurs français laissent bien plus de traces que leurs amis d’outre-Manche, d’outre-Atlantique et de Moscou. Certes sur un blog en langue française, il n’est pas étonnant de trouver plus de visiteurs français, mais le delta entre les deux systèmes est colossal – y compris en extrayant des statistiques du serveur les traces laissées par les « robots » du net. Je ne m’avancerai pas à vanter les mérites de Ghostery, on pourrait bien apprendre un jour, comme pour tout programme informatique, que l’outil lui-même est un cheval de Troie servant un intérêt tiers par exemple à l’insu de son plein gré. Comment savoir finalement ? Il existe manifestement plusieurs promeneurs de l’Internet, a minima celui que Google Analytics voit (promeneurs sans Ghostery par exemple), celui que Google Analytics n’affiche pas à son utilisateur mais que les outils de l’hébergeur permettent de voir au travers du manager situé au Canada (promeneurs avec Ghostery par exemple), et ceux qui se protègent suffisamment pour que leur adresse ip ne soit pas localisable par l’hébergeur (qui cependant les comptabilise).

Sur ce, bonne promenade et prenez soin de vous.

Sophie Clairet

Image du haut : Le Petit Poucet. Détail de l’illustration de Gustave Doré (1867) sur Wikipedia.

Note

(1) Ghostery est « une extension propriétaire pour navigateur web chargée de bloquer les mouchards et les cookies des pages web que l’internaute visite« . Cette extension est développée par Evidon, société basée à New-York et soutenue par le fonds d’investissement Warburg Pincus. Ce module n’échappe pas aux controverses, voir la page Evidon sur Wikipedia. Je ne le cite pas pour en faire la publicité, il existe d’autres systèmes apparentés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *