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Crise des migrants/réfugiés – Arrivées en Grèce et en Italie de 2015 à mars 2017

Carte du jour, 18 avril 2017. Droits : Commission européenne/ECHO. Carte disponible sur : http://erccportal.jrc.ec.europa.eu/Maps/Daily-maps

Voici la carte du jour mise en ligne le 18 avril par ECHO, service de la Commission européenne à l’aide humanitaire et à la protection civile. Elle associe deux catégories d’informations, des données de localisation et des données statistiques concernant deux grands systèmes de routes de migrants et de réfugiés vers l’Europe. On distingue clairement dans les chiffres que la route qui rejoint la Grèce depuis la Turquie s’est fermée tandis que celle via la Libye vers l’Italie est en plein essor. [Note au lecteur : attention toutefois aux figurés et aux couleurs, cette carte recèle quelques inversions entre les graphiques et les étiquettes.]
Quelques jours avant la publication de cette carte, le 13 avril, le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj accusait dans le quotidien allemand Bild l’Union européenne de ne pas tenir ses promesses tandis que les médias occidentaux relataient le commerce d’esclave organisé par les tribus libyennes et l’état déplorable des geôles libyennes.
Publiée dans un contexte d’enchères UE-Libye en marge d’un nouvel accord, cette carte propose bien d’autres niveaux d’informations : là où les routes n’existent pas se dressent des murs.

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Litiges commerciaux 2014

L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) a enregistré 14 différends en 2014, contre 20 en 2013 et 28 en 2012, soit une réduction de 50% en deux ans. Le Brésil mis à part, l’Amérique centrale et Latine est sortie du tableau. L’Europe et l’Asie enregistrent cette année 2014 la majorité des contentieux portés devant l’OMC.
Ce graphique ne reflète pas la réalité des guerres commerciales en cours, mais la recherche de résolution des différends entre parties qui privilégient le cadre multilatéral.

On compte en 2014 seulement 11 parties aux litiges, l’Afrique et le Moyen-Orient restant totalement à l’écart du mécanisme (voir ici).

OMC-litiges-2014

L’Union européenne se détache en 2014 comme puissance commerciale la plus offensive dans le cadre de l’OMC, avec trois plaintes déposées contre la Fédération de Russie, une contre les États-Unis et une contre l’Indonésie. Les sujets sont à l’image des priorités des échanges, l’UE contestant des freins russes à l’importation de voitures (allemandes au premier chef) et de produits agricoles (végétaux et animaux), les Russes se plaignant de la taxe énergétique européenne (Troisième paquet énergie). Leur plainte du 30 avril 2014, la première déposée depuis leur accession à l’OMC, précède de quelques mois leur abandon du projet South Stream (1) au bénéfice du renforcement d’un axe Moscou-Ankara. A la clé de ce rapprochement particulièrement médiatisé fin 2014, il y a la hausse des flux gaziers russes vers la Turquie (et un jour vers l’UE via la Grèce ?), l’annonce de la construction par la Russie de la première centrale nucléaire turque, et celle d’échanges en monnaie nationale pour réduire l’influence du dollar.
Historique et récurrent, le différend UE/USA relatif aux soutiens que chaque partie reproche à l’autre d’accorder à son secteur aéronautique a débouché sur une plainte de l’Europe à propos des subventions allouées à Boeing. L’UE (2) a désormais 33 plaintes en consultation contre les USA, les USA 19 contre l’UE.

A l’accusation de fermeture formulée par l’un succède l’accusation de fermeture formulée par l’autre… au fond, quelles règles du commerce international jouent ces parties ?

Voici une carte de l’OMC représentant le rapport commerce/PIB sur la base des trois dernières années. Plus le pourcentage est élevé, plus l’économie d’un État est ouverte.
Voici une carte de l’OMC représentant le rapport commerce/PIB sur la base des trois dernières années. Plus le pourcentage est élevé, plus l’économie d’un État est ouverte.

L’Afrique, la Mongolie aux sous-sols gorgés de ressources, l’Ukraine aux terres riches, la Libye et ses puits de pétrole, comptent parmi les plus ouverts aux échanges internationaux.
En revanche, USA, UE, Russie, Inde, Chine, tous régulièrement parties dans des différends auprès de l’OMC, ressortent sur cette carte aussi fermés les uns que les autres (3). Vivement que l’Afrique crée sa zone de libre-échange pour mettre un peu de piment dans ce petit jeu…

Sophie Clairet

Image du haut : Cliché de Fr Maxim Massalitin sur Flickr. Novyï Svet, péninsule de Crimée. Une péninsule enviée, théâtre de nombreuses guerres à travers l’Histoire.

Notes

(1) Projet de gazoduc Russie-UE via la Bulgarie qui évitait l’Ukraine.
(2) Plus précisément les Communautés européennes puis l’UE.
(3) Pour autant qu’on considère cet indicateur comme une manière d’observer l’ouverture d’une économie par rapport à l’étranger.

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Crises et basculements des équilibres mondiaux

Chaque jour apporte son lot d’annonces immédiates et sans perspective, qui plus est sans aucune mesure des enjeux : manifestations et radicalisation en Grèce, tentations sécessionnistes en Espagne, avancée de la rigueur, des inégalités, de la peur du lendemain. Et alors ?
Cette liste est devenue un talon d’Achille sur le plan diplomatique face aux États soucieux d’affirmer leur influence et leur puissance. Il est question de « basculement du monde » et c’est ce que démontre Images économiques du monde 2013, cartes et chiffres à l’appui. Factuel (pas de grande théorie verbeuse) et exhaustif (de l’économie à la géostratégie, changement d’échelles compris), cet ouvrage permet de comprendre ces enjeux qui dépassent le très court mot de « crise » et de stimuler la réflexion politique et citoyenne.

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Turquie – Europe. Quelques éléments de discours

S.E.M. Rauf Engin Soysal, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, représentant permanent de la Turquie auprès du Conseil de l’Europe a tenu une conférence sur « La Turquie en tant qu’acteur du projet européen » au Festival International de Saint-Dié-des-Vosges.

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Mireille Delmas-Marty, regard d’une juriste

Morceaux choisis de l’intervention de Mireille Delmas-Marty, juriste, professeure au Collège de France, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, et présidente du FIG 2012 à l’inauguration du Festival le 11 octobre.

Comment saisir la relation entre droit et géographie ?

Par le climat?
Pascal a écrit « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Montesquieu montre également la relation entre les lois et le climat.
Or depuis la problématique du réchauffement climatique, la variabilité des lois selon le climat a laissé place à l’universalisme d’une gouvernance mondiale qui postule l’inverse. C’est au droit d’influencer désormais le climat ! Mais réécrire Pascal et Montesquieu, voilà un pari risqué.

Par le territoire?
Une ancienne carte de la CIA (WorldFactbook) montrait le monde en trois couleurs. En gris les pays de Common law (tradition anglo-saxonne), en noir ceux du droit romano-germanique et en blanc tout le reste.
Cette approche présente une difficulté, car le monde a considérablement changé avec l’expansion de phénomènes qui dépassent le territoire : extra-territorialité, trans-territorialité (avec Internet par exemple), multi-territorialité.
Le cas de la Turquie est particulièrement intéressant, entre plusieurs mondes géographiques et juridiques. Ce pays est membre du Conseil de l’Europe, un juge turc siège ainsi au conseil des droits de l’Homme. Il est également membre fondateur en 1977 avec l’Iran et le Pakistan de l’ECO (Organisation de Coopération économique) — organisation de coopération économique et de lutte contre certains trafics, qui s’est élargie à 11 États. À terme, cette multi-territorialité pourrait poser des conflits, par exemple si ECO impose une extradition, puisque le Conseil de l’Europe interdit d’extrader des personnes vers des pays pratiquant la peine de mort comme l’Iran.
En augmentant en complexité, l’internationalisation du Droit contribue au pluralisme, mais perd en cohérence. Il s’agit de la tragédie des trois C : lorsqu’un système dépasse un certain niveau de Complexité, il ne peut être à la fois Cohérent et Complet.

Par le paysage?
Le juriste serait-il paysagiste ? Il se veut constructeur, plutôt architecte, il pose des fondations, des piliers.
Or ces pratiques se sont transformées avec la mondialisation du Droit. Celle-ci conduit à une suppression des bornes (frontières transgressées, neutralisées), à une diversification des sources (superposition de sources non-étatiques) et à la modification des formes (pas de hiérarchie stricte, mais subsidiarité, complémentarité, un mouvement de va-et-vient, car les États acceptent mal la perte de leur souveraineté).

Pour ces raisons, le paysage juridique mondial est en expansion et en mouvement. On est bien loin de la pyramide et de l’architecte ! Il ne s’agit pas non plus de réseaux ni de rhizome, ces termes ne décrivent pas l’instabilité. Il s’agit d’un nuage ordonné, dès que le dessin est terminé, les contours ont déjà changé. Se pose la question du vent, du souffle qui donne la direction…

Intérêt pour geosophie.eu

Rapprocher droit et paysage, ou droit et géographie relève de l’exercice de rhétorique où le conférencier joue avec les mots et l’auditoire se garde bien de demander des éclaircissements. Mais au fond, peu importe, car ce jeu de l’esprit apporte au passage des éclairages rafraichissants comme cette idée que le postulat de la variabilité des lois selon le climat a laissé la place à l’inverse (le droit influence le climat). Notre rapport au monde, notre manière de le penser dépasse de très loin le petit jardin des géographes et c’est une promesse d’avenir.

Notes de Sophie Clairet

Image du haut : Mireille Delmas-Marty (image Wikipedia)

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FIG : les paysages et la Turquie au programme

La 23e édition a été présentée officiellement à la presse le 20 septembre au Centre National du Livre, qui soutient activement la manifestation.

Le Festival International de Géographie en quelques mots :
50 000 visiteurs
Des débats, des concerts, des entretiens, des films
250 à 300 conférences/débats
Un salon de la géomatique
Un salon du livre
Un salon de la gastronomie
4 prix décernés
20 sites dans la ville (Saint-Dié : 22 000 habitants)
Gratuité intégrale des activités
Budget : 500 000 euros

Sur la thématique « Les facettes du paysage. Nature, culture, économie »

De l’avis du président de l’ADFIG, Jean-Robert Pitte, « un jour où l’autre, la géographie disparaîtra des programmes de l’enseignement secondaire si elle ne passionne pas davantage. Le paysage ne fait pas partie du programme alors qu’il s’agit d’un élément-clé de compréhension, notamment parce que les médias nous offrent des paysages ».

Parmi les clés de lecture :
L’ambition de cette édition est de faire redécouvrir un élément central de l’analyse géographique, tellement évident qu’il en a été vidé : le paysage. Encore faut-il le définir, ce que chacun évite soigneusement de faire. Le paysage n’est pas l’espace, l’espace est étendue physique, le paysage intègre sa perception – et par là même se partage entre architectes, sociologues, aménageurs, psychologues, ethnologues, etc. Objet « impur » à la croisée des chemins, il n’a pas fait le miel des dérives scientistes de la discipline. il semblerait qu’il renaisse de ses cendres…
Le programme du FIG intègre les différents volets, il est question des modifications des paysages comme des « écrans dans le paysage » ou de la valeur des paysages – des éditeurs de jeux-vidéos, des acteurs de la téléphonie et de la géolocalisation seront également présents.

Sur le pays invité : la Turquie

Le choix du pays invité remonte à octobre 2011, il n’a aucun rapport avec l’actualité brûlante qui s’invite cependant et ne sera pas éludée. Et quand bien même les intervenants éviteraient les questions délicates, le public dans la salle se chargera de poser des questions. Selon Christian Pierret, président fondateur, « Beaucoup de préjugés vont se contredire, c’est notre façon d’être objectifs ».
Avec plus d’une trentaine de géographes turcs présents, provenant notamment de l’université d’Izmir, sans compter les personnes issues des diasporas – et reflets de la mosaïque turque, kurde, alévi –, le FIG devrait offrir une grande variété de regards. Stéphane de Tapia, conseiller technique du FIG sur cette question, ajoute que la politique turque « zéro problème avec tous les voisins » s’est transformée en « plein de problèmes avec tous les voisins ». Il précise que l’objectif est d’en parler de manière dépassionnée, en s’adressant à tous, avec une exigence scientifique.

Parmi les clés de lecture
Le public doit savoir choisir le lieu, l’heure et les intervenants… Sur les questions sensibles, le FIG est une aventure qui se joue en divers lieux, c’est l’ensemble du puzzle qui fait sens. Par un curieux déterminisme géographique, il est évident que le café géographique intime ou la conférence débat dans une salle de plusieurs centaines de places ne permettent pas d’aborder les questions de la même manière – ni la même participation du public. Mieux vaut donc bien déchiffrer le programme et varier les lieux et les intervenants.

Sophie Clairet

Image du haut : Extrait de l’affiche du Festival International de Géographie

Pour aller plus loin programmation et informations :
Site du FIG