Heureux comme en Europe (1/2), frustrations et humanités

… Dans quel pays est-on le plus heureux ? Où vit-on le mieux ?… Quelle ville offre les meilleures chances de réussite ? Où vos enfants bénéficieront du meilleur cadre ?…
Ces questions ont débordé les Unes de la presse pour constituer une arme d’influence dans la concurrence qui se joue à toutes les échelles entre territoires pour attirer les innovations de rupture et les habitants les plus prometteurs. Et ce sont des pays européens qui font la course en tête.
Au-delà des guerres économiques, ces classements interrogent notre modèle de société : identifier un territoire par sa marque de bonheur pourrait être érigé en « paradigme démocratique ultime ». Le choix de la citation de Shimon Peres en introduction de Best countries. Defining Success and Leadership in The Twenty-First Century en fait la preuve : « Global brands fight discrimination by definition … they have to appeal to everyone. It doesn’t make a difference who you are. They get elected every morning … they are the ultimate democratic paradigm. »[1]
Il faut ajouter que dans les marmites du bonheur, les thermomètres sont nombreux à mesurer les différents ingrédients. Voici donc une petite revue des thermomètres les plus influents que sont le World happiness report (Gallup pour l’ONU), Best countries (U.S. News lancé à Davos). Des marmites et des thermomètres, mais pour quelle recette de société ?

« World happiness report »

Le classement par sondage des habitants les plus heureux selon Gallup pour le Réseau des solutions pour le développement durable des Nations-unies (SDSN). Nombre d’États classés : 155. En voici la première page (http://worldhappiness.report/)World happiness report Le classement est fondé sur six critères, dont trois issus de sondages réalisés par l’institut Gallup : le PIB, le lien social (sur la base de questions posées à un échantillon d’habitants sur leur sentiment de pouvoir compter sur quelqu’un ou non), l’espérance de vie en bonne santé, la liberté, la générosité (dons à des œuvres de charité), et le sentiment de corruption. Dystopia apporte un élément de comparaison avec la moyenne la plus faible pour chaque critère.

Ce Rapport mondial du bonheur est rédigé depuis 2012 par un panel de chercheurs en sciences économiques sur la base de données transmises par l’institut de sondage Gallup. Il reprend le champ lexical utilisé en 2012 dans le cadre d’une réunion de haut-niveau des Nations Unies par le Premier ministre du Bhoutan pour exposer l’usage du « bonheur national brut » comme indicateur du développement de son pays. Il s’inspire de la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies adoptée en 2011 pour inviter ses États-membres à mesurer le bonheur de leur population et à utiliser cette information pour orienter leurs politiques publiques.

« Best countries »

Le classement par sondage des meilleurs pays selon U.S. News, Y&R’s BAV et Wharton (https://www.usnews.com/news/best-countries)

En février 2016, le groupe de presse U.S.News a lancé le classement des « meilleurs pays » lors du Forum économique de Davos. Réalisé sur la base de sondages auprès de 21000 personnes réparties dans 80 pays, U.S. News associe son savoir-faire en matière de publication d’indicateurs (historiquement les classements des hôpitaux, écoles et universités des États-Unis) avec l’expertise du groupe de communication Young & Rubicam et celle de la Wharton School de l’université de Pennsylvanie. Le classement résulte d’une adaptation du « Brand Asset Valuator » développé dans les années 1980 par Young & Rubicam pour aider à la création et à la gestion des marques.

Voici les questions qui ont présidé à l’élaboration de la méthode :
Parmi un ensemble d’attributs, quelles sont les perceptions qui forment la marque d’une nation ?
À quoi ressemble la « nation idéale » ?
Que peuvent s’apprendre mutuellement les ministres, les décideurs politiques et les dirigeants du monde de l’administration et de l’industrie ?
Quelles perceptions influencent l’avenir social, économique et politique d’un pays ?
Sur la base des réponses à ces questions, Y&R BAV a élaboré le modèle de société suivant :

Nation Value Creation

Extraits :

« La première chose à retenir est que le seul PIB ne permet pas d’être le « meilleur » dans le monde actuel. Avec plus des deux tiers du potentiel de conduite à tenir classé dans « Leadership », l’impression globale oblige les nations à se comporter suivant des caractéristiques plus progressistes, un concept que nous appelons « objectif intérieur brut ». Les données montrent que les mesures traditionnelles de pouvoir, d’influence et de richesse ne suffisent pas pour être considérées aujourd’hui comme une grande nation. Sorte d’« étalon or » pour évaluer l’influence d’un pays sur la scène mondiale, ces indicateurs reflètent moins le potentiel de croissance à venir. C’est ainsi que de nombreux pays pourraient se reposer sur des lauriers culturels ou naturels, voire être pris au piège par les industries et les produits qui limitent leur compétitivité.
Les aspects « humains » prospectifs de la gouvernance sont bien plus importants. Nos données montrent que la relation entre la qualité de vie et la citoyenneté et le PIB par habitant en PPA est aussi forte que la relation entre le PIB et l’esprit d’entreprise. Ces perceptions de la puissance au XXIe siècle s’écartent des mesures traditionnelles de la puissance, de la production économique et de la force militaire (par exemple, les banques et les chars), ce qui témoigne d’une nouvelle vision mondiale du succès axée sur la population d’un pays et sa vision de l’avenir.
Les gens veulent participer à la création du progrès vers ce que nous appelons la « prospérité inclusive ». Les pays nordiques sont des exemples de ce nouveau paradigme de leadership, leurs marques nationales s’épanouissent dans nos données. La capacité du leadership d’une nation à promettre un avenir plus durable et inclusif à ses citoyens, tout en permettant à tous les peuples du monde d’être un « citoyen corporate » responsable, est de plus en plus important dans le monde actuel. Cette définition évolutive de « Meilleur » invite les dirigeants et les décideurs politiques à jouer un rôle actif dans la détermination de l’avenir de leur pays, à inverser les perceptions négatives et à renforcer la responsabilité sociale et l’innovation comme moteurs de la croissance d’une nation. »
(Best countries. Defining Success and Leadership in The Twenty-First Century, p. 13, https://www.usnews.com/static/documents/best-countries/Best-Countries.pdf)

 

Top 10 US News

 

Et à ce classement par rang le site de U.S. News associe une base d’information composée pour chaque pays d’une quinzaine de photographies représentatives et d’un texte, les statistiques détaillées de chaque pays étant disponibles en cliquant.
Le montage suivant se limite à la capture d’écran de la petite fiche des dix premiers pays et au déroulé du premier paragraphe d’introduction. Ces fiches se succèdent sur la même page et offrent d’un regard le « talent » identifié pour chaque pays. Elles partcipent à la fabrication d’une image et d’une marque. L’image qui ressort de la Suisse est riche d’ingrédients, depuis la fédération (citoyenneté), à la variété de la nature (qualité de vie), la richesse et la neutralité. Les pays moins bien classés, comme la France,
En 2017, ce classement du « meilleur pays » récompense un pays de petite taille, neutre, indépendant de coalitions militaires telles que l’OTAN ou économiques telles que l’Union européenne et riche. Il dispose également du texte d’introduction le plus court – le plus long étant celui réservé aux États-Unis.

 

Top 10 ds meilleurs pays et leurs symboliques

Pays sur catalogue

Le texte qui précède ainsi que les illustrations ont été rédigés en mars 2017, puis laissés en l’état pour prendre du recul.

Que fallait-il penser de tout cela ?

En quelques mois, les démarches de classement ont encore progressé et le Best Countries d’US News présente des territoires sur catalogue.

 

Entrée vers les Best Of
Capture d’écran de Best Countries, le 27 octobre 2017. En se déplaçant sur les cercles, le rang et le nom de pays s’affiche.

 

 

Ranking France US News
« Ranking de la France » en date du 27 octobre sur le site Best Countries. La première « news » pour en savoir plus sur notre pays : les dépenses du président en frais de maquillage. Voilà le champ lexical utilisé pour s’adresser au « consommateur ».

Qui habite le pays marchandise ? A qui s’adresse t’il ?

Des pays marchandises pour citoyens philosophes technocrates analysants ?

Derrière cette réduction des pays aux rangs de produits, c’est globalement un système de pensée, de morale, d’humanité qui est ébranlé.

Voici le point de vue qui s’exprime à l’autre bout de l’échiquier sur YouTube,  avec des extraits de Michel Onfray, Jacques Généreux, Omar Aktouf, mais aussi l’Évangile selon Saint-Marc :

« A quoi sert à un homme de tout posséder s’il perd son âme » (Évangile selon Saint Marc)

Sophie Clairet

Note :

[1] Par définition les marques mondiales luttent contre la discrimination… elles doivent faire appel à tout le monde. Peu importe qui vous êtes. Elles sont élues tous les matins … elles sont le paradigme démocratique ultime.

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