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A la mémoire de mon cher père bienaimé

Tu es parti sans bruit papa, épuisé et c’est sans doute le signe qu’il était temps de rejoindre Augustine, Pierrot, Olympe, Limerick… Je t’ai remercié d’avoir été mon père et dit ce qui n’appartient qu’à nous. Je voudrais juste ici parler de cette puissance de résistance qui t’anime. Au présent car le flambeau est passé, sois en rassuré, nous sommes tous un peu des emmerdeurs. Tu as passé ta vie à transmettre le refus.

« Le refus a toujours constitué un rôle essentiel. Les saints, les ermites, mais aussi les intellectuels. Le petit nombre d’hommes qui ont fait l’Histoire sont ceux qui ont dit non, et non les courtisans et les valets des cardinaux. Pour être efficace, le refus doit être grand, et non petit, total, et non pas porter sur tel ou tel point absurde, contraire au bon sens. » (Pier Paolo Pasolini)

Avec toi, ni Dieu ni maître, mais une incroyable générosité derrière la rugosité de Lule. Un peu maman, un peu nous, un peu les élèves, tes parents, tes amis, toujours serviable auprès de tes semblables et méfiant face aux compromissions. Emmener les élèves des banlieues de Marseille au ski ou à Paris, faire découvrir à tant de jeunes et d’amis d’autres lieux « pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui » (Montaigne). Mais pas aller au pot de machin pour se faire voir, et ça en arrangeait un paquet d’ailleurs, de t’oublier, finalement. Tu n’avais pas appris à prendre la lumière et tu es parti le jour de la mousse. Tu étais bien au-dessus de tout cela en réalité, tu cultivais ton jardin et celui de tes semblables, sans relâche, jusqu’à parler IIIe République la veille de ton malaise fatal avec l’Interne qui a veillé sur toi et m’a dit « Quelle culture, quel plaisir d’échanger avec votre père ». Je l’ai bien remercié de ce beau cadeau, de te permettre avant de partir un échange d’intelligence.

Tu avais prévenu à peu près tous les gens que tu aimais que tu allais partir, que tu ne voulais pas être assisté, que tu ne verrais pas le printemps. Ta pudeur te faisait utiliser des mots un peu rudes. Je salue l’Homme libre. Nous reprenons le flambeau, merci citoyen, merci papa.

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