Des terres riches mais pas de paysans (Ukraine, Roumanie)

Présenté dans le cadre du Festival de géopolitique et géoéconomie de Grenoble, le documentaire A l’est, main basse sur les terres (Agnieszka Ziarek) offre des pistes de réflexion sur les potentialités et les enjeux de ces « greniers à blés sans paysans » que sont l’Ukraine et la Roumanie.

La quête des terres en images

Tourné en 2011, le documentaire suit le parcours d’agriculteurs alsaciens en quête de parcelles d’un seul tenant afin de maximiser leur productivité. Pour l’un d’entre eux, les subventions touchées dans le cadre de la Politique agricole commune comptent pour 40% du chiffre d’affaires. C’est en Roumanie et en Ukraine que ces agriculteurs peuvent louer des terres sur de vastes superficies, elles sont riches (terres noires) et délaissées. En effet, dans les deux cas la dissolution des kolkhozes et des fermes d’État a laissé place à un vide : les paysans ont depuis longtemps disparu ou perdu leur savoir-faire.
Le film montre un certain choc des cultures, des charrettes tirées par des chevaux pour les villageois, des machines modernes pour les exploitants.
Parmi les personnalités interrogées, Marcel Mazoyer (agronome et économiste français) et Jean Ziegler (sociologue suisse, ancien rapporteur spécial auprès de l’ONU sur la question du droit à l’alimentation dans le monde).
Le documentaire est visible sur : Public Sénat, Dailymotion.


A l’Est Main Basse sur les Terres par wildkillah

En débat : nourrir le monde et recréer une paysannerie

L’émission « Le débat » diffusée par Public Sénat le 19 janvier 2013 commente le documentaire, et apporte une variété de regards deux ans après le tournage. Philippe Chalmin rappelle que les paysans ukrainiens ont disparu depuis le début des années 1930, envoyés en Sibérie. Pour la Roumanie, Marcel Mazoyer note que la volonté politique a manqué de mettre à niveau les structures sociales lors de l’intégration du pays à l’Union européenne. Les Roumains ne sont pas formés ni incités à cultiver leurs terres.
Dans les deux pays, le risque est grand selon Marcel Mazoyer : les exploitants pourraient être perçus comme néocolonialistes, des mouvements nationalistes dénoncent déjà ces investissements étrangers.
Participants : Charles Beigbeder (homme d’affaires, fondateur d’AgroGeneration), Marcel Mazoyer, Philippe Chalmin (économiste), Jean-Paul Charvet (géographe).
Le débat est visible sur la chaine YouTube de Public Sénat.

Nous savons déjà qui mange les chevaux, mais qui capte les terres ?

Pour ajouter un niveau de lecture, un petit regard sur la base de données Land Matrix réalisée par le CIRAD (France), le CDE (Suisse), le GIGA et le GIZ (Allemagne). Les terres de Roumanie n’apparaissent pas. Pour l’Ukraine les acquisitions de Mriya, entreprise basée à Chypre (et dont le nom signifie  « rêve » en ukrainien) et de Kernel arrivent loin devant les exploitants étrangers. Mriya fut fondée en 1992 et est dirigée par Ivan Guta qui fut à la tête d’une ferme d’État et du département de l’agriculture de la région de Ternopil (dans l’ouest de l’Ukraine). D’après le site Internet de Mriya en date du 7 avril 2013, la superficie mise en culture dans l’ouest de l’Ukraine par ce géant de l’agro-business serait passée en vingt ans de 50 ha à 298 000 ha.

Sophie Clairet

Image du haut : Capture d’une des nombreuses images de chevaux en Roumanie, issue du film d’Agnieszka Ziarek A l’est, main basse sur les terres.

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