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Regard d’une Malgache en France

Aina*, une trentaine d’années, mariée, deux enfants, employée près de Paris. Ce récit est présenté au titre de témoignage. Il offre un regard tout à fait subjectif, celui d’une personne de l’élite malgache « réfugiée » en France et qui a « tout perdu ».

Voici son récit

« Je suis arrivée en France en 2009. Ma famille est restée à Madagascar et je ne l’aie plus vue depuis. Je leur parle au téléphone, ils me disent que les choses empirent, que des bandes rançonnent tout le monde et que même pour des vacances, revenir les voir serait trop risqué. Alors même si ce pays est merveilleux, un bijou de la nature, pour notre semaine de vacances cet été, nous prendrons au dernier moment un voyage dans un club en Méditerranée. Ce sera moins cher. Là bas, j’avais une grande maison, je ne travaillais pas, mes enfants allaient à l’école française. Mon mari travaillait pour un groupe français qui le payait très bien. Puis il y a eu le coup d’État. Le président précédent avait fait de bonnes choses. Mais un jour, il a vendu des terres à des Chinois** et s’est acheté un avion privé avec cet argent. Ce président faisait de bonnes choses pourtant, mais vous savez comment sont les présidents. Depuis, le pays n’est pas dirigé, on a un jeune président par intérim et il s’accroche, il ne veut plus lâcher le pouvoir. Depuis, c’est la violence, on kidnappe, on rançonne. Le groupe français qui employait mon mari est reparti. On avait peur pour nos enfants, surtout parce qu’on faisait partie de ceux qui avaient un peu réussi, alors on est venus en France. Je suis arrivée avec une valise, j’ai tout laissé. Heureusement mes enfants étaient allés à l’école française et travaillaient bien, ils ont pu s’adapter à l’école ici. Mais c’est dur de tout recommencer, de vivre dans du béton alors que là bas c’était si beau. Ici on mange du plastique, là bas vous ramenez le poulet vivant du marché. Le poisson est frais. Il y a tout à Madagascar pour que ce soit un paradis, et c’est la misère et la violence. Il reste les Chinois et les Indiens, ils font du business. Maintenant les Chinois parlent le malgache. L’école française où allaient mes enfants a fermé ».

Fleur de vanille, premier produit d’export de Madagascar. Photo par urzaphoto sur flickr.

Propos recueillis par Sophie Clairet, le 10 juillet 2012.

Image du haut : Belo-sur-Mer pirogue, par Franck Vervial sur Flickr.

* le prénom a été modifié.
** Cette personne se réfère à la vente de terres arables à l’entreprise sud-coréenne Daewoo, laquelle n’a pas eu lieu mais le scandale généré a participé à la chute du président Marc Ravalomanana.

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Sur l’herbe, propos d’un « étranger »

Un petit garçon d’environ 5 ans, sur le parvis du quartier de la Défense le 14 juillet. Il se tient sur le béton et regarde juste devant lui avec grande attention.
Le petit garçon : « Dis-maman, est ce que c’est de la vraie herbe ? »
Un adulte près de lui : « Mais oui bien sûr ! Tu le vois bien ! »

La fabrique des images

Il s’agit bien d’une vraie herbe verte, les composants naturels y sont.
Le paysage, portion de l’espace représentée, est en revanche plus complexe. La réalité de cette herbe vue d’un point guère plus élevé que celui retenu par le photographe de ce cliché, n’est pas évidente puisqu’un spectateur pose la question d’en connaître la nature. Un mètre plus haut, l’adulte, frappé d’évidence, ne se pose pas la question, la composition a fonctionné comme élément homogène d’un décor.

La fabrication des paysages intègre non seulement les éléments relatifs au positionnement de la focale mais le substrat culturel. Les questions formulées par des regards « étrangers » à un système de valeurs prévu ne sont pas ridicules ni déplacées, elles offrent l’opportunité de prendre conscience d’un mécanisme, de le démonter pour le comprendre, voire pour l’améliorer – autant sur le plan du marketing que sur celui du territoire « réel ».

Sophie Clairet

Image du haut : Extrait d’une image présentée en page d’accueil sur le site de Defacto le 14 juillet 2012.