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« Les voyageurs et le platane », la revanche

Les voyageurs et le platane, fable d’Esope (620 av J.C. – 564 av. J.C.)

En été, vers l’heure de midi, deux voyageurs, fatigués par l’ardeur du soleil, ayant aperçu un platane, se réfugièrent sous ses branches et, s’étendant à son ombre, se reposèrent. Or, ayant levé les yeux vers le platane, ils se dirent l’un à l’autre : « Voilà un arbre qui est stérile et inutile à l’homme. » Le platane prenant la parole : « Ingrats, dit-il, au moment même où vous jouissez de ma bienfaisance, vous me traitez d’inutile et de stérile. »

Il en est ainsi chez les hommes : certains sont si malchanceux que, même en obligeant leurs voisins, ils ne peuvent faire croire à leur bienfaisance.

Photo du haut : Cliché pris à Mallemort le 16 juillet 2017 et non retouché d’un tronc de platane digérant en toute quiétude un panneau d’interdiction de stationner. Ce platane est situé au 41 avenue des Frères Roqueplan.

Sophie Clairet

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Envie de fraîcheur ? Eaux des rivières & eaux de baignade

Par ces fortes chaleurs, il est tentant de piquer une tête dans la rivière sans attendre le Big-Jump du 9 juillet ou la grande transhumance vers la mer. Pour choisir son point d’eau, voici une présentation simplifiée de quelques outils très complets.

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Sur le chemin de la Montette, la paix en vraies couleurs

Sur la route de la Montette au Roux d’Abries, le 20 avril 2017. Cliché Sophie Clairet

Sur la route de la Montette le 20 avril 2017. Le Bric Froid parsemé de neige est une frontière qui a su laisser passer la paix, le sel et autres richesses. (Seule ombre au tableau, les bombardements commis par les Allemands en 1944, mais eux n’étaient pas du coin et ont brûlé depuis leur batterie du col la Mayt ce que les voisins italiens n’avaient sûrement pas touché). Ce banc donne vers la vallée, de là sont venus se réfugier des Vaudois fuyant les guerres de religion qui faisaient rage dans le royaume de France. Aujourd’hui le hameau du Roux vidé de ses forces vives, happées par l’appel de la modernité à Saint-Auban, Marseille, Grenoble, Lyon… après avoir été évacuées durant la Seconde guerre mondiale, est fier d’accueillir une famille de réfugiés syriens chassés par la guerre.

Sophie Clairet. En hommage à ma grand-mère née au Roux d’Abriès, à sa grandeur d’âme.

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Depuis Ithaque, de port en port

MAJ 19 juin 2018 :

cartotelling

6 janvier 2017 :

Trajectoire personnelle (hors indication des voyages d’agrément qui pourtant nourrissent aussi le regard), réalisation Sophie Clairet, janvier 2017

Sophie Clairet

 

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Meilleurs vœux pour 2017

Vue sur Marseille depuis la digue du Berry (voir ici).
Cliché & montage Sophie Clairet, décembre 2017.

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Tout le bleu du ciel et des balcons sur Marseille

Images inspirées par l’archipel du Frioul (1). Bleu de la mer, bleu du ciel, pierres blanches aux flancs du site le plus sec de métropole, à seulement deux milles nautiques de la troisième aire urbaine de France. Sur cet archipel, les forts et les batteries militaires érigés depuis François Ier composent aujourd’hui de sauvages balcons sur la Méditerranée.
Il fallut jadis arrêter les barbaresques, protéger Marseille comme la surveiller, mettre en quarantaine les navires et empêcher les ennemis d’accoster. Sur ce dernier bastion de nature sauvage aux portes de Marseille, la quiétude relègue la guerre bien loin en Orient, mais les pierres parlent encore de contrôle et de blessures de paix. Pour le pire mais aussi pour le meilleur. Il n’est pas interdit de penser qu’en effet le statut de terrain militaire les aura protégées d’un bétonnage touristique intensif et que la présence de forts en aussi grand nombre sous une aussi belle lumière offre le mérite de faire méditer sur l’art et la manière de faire la paix.

Depuis l’île de Pomègues sur l’archipel du Frioul, vue sur les Goudes (langue de terre qui s’abaisse dans la mer à gauche du cliché) et l’île Maïre, autrement appelée île Peyro (2). Cliché Sophie Clairet, décembre 2016.

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Incendies à Marseille : une nature à fuir ?

La nature se glisse partout, depuis les pavés des rues, entre les voies jusqu’au long des rambardes. Pour reprendre au sens propre l’une des expressions fétiches de ce grand monsieur, Roland Warion (1), « la nature a horreur du vide ». Sur ces clichés, la nature occupe le vide béant laissé par les jeux de pouvoirs entre entreprises de concession d’autoroutes, État délaissant les nationales, Conseil départemental récupérant avec les routes un bébé mal débarbouillé, communes à la traine en matière de nettoiement. Et elle l’occupe avec ampleur car les arrêtés préfectoraux de débroussaillement de 2014 et 2015 (2) ne sont manifestement pas respectés dans ces espaces qu’aucune autorité ne se précipite pour entretenir. Si par jour de fort Mistral, la plupart des massifs sont interdits au public, un jour pourrait logiquement venir où les entrées et sorties de ville le seront également. En toute logique, elles devraient déjà l’être tant les courageux qui arpentent la garrigue par plus de 30° à l’ombre se font rare depuis la fin des troupeaux et des bergers dans les collines en comparaison des milliers d’automobilistes qui se pressent sur ces bitumes gagnés par une nature mal entretenue.

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sebolavy, de la poule à l’œuf

Drôle de clin d’œil… 50 ans plus tard il n’est plus question de « vent dans tes cheveux blonds, le soleil à l’horizon… » (C’est beau la vie, Jean Ferrat, 1963) mais de « survivants, ils ont des larmes au fond des dents » (Sebolavy, mickey3d, 2016).
Reprenant pour le simplifier un titre dont la naïveté prête à sourire parfois chez les plus jeunes, mickey3d vient de mettre en ligne un clip calant sur sa musique des images de la nature dénaturée fournies par Animal Equality.

Pauvres poussins dans les images, pauvres humains dans les paroles.

N’ayons plus peur de l’essentiel
N’oublions pas d’être infidèles
A ceux qui nous montrent le ciel
Pour voler nos âmes

Pour aller plus loin :
https://www.franceinter.fr/musique/sebolavy-le-clip-choc-de-mickey-3d

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Changer d’échelle en Lunigiana

Panorama depuis les collines de Montemarcello, juillet 2016. Cliché Sophie Clairet
Panorama depuis les collines de Montemarcello, juillet 2016. Cliché Sophie Clairet

Au delà des forêts qui tapissent la colline de Montemarcello, s’étendent la succession des marinas et plages sur le front de mer et la plaine lagunaire enrichie par les eaux du Magra, plantée de cultures maraichères. Ces terres recouvrent en partie l’antique cité de Luna, capitale historique de Lunigiana et grand port impérial d’où partait le marbre de Carrare – baptisée Luna en l’honneur de la déesse de la Lune.
Au second plan les villages perchés, dominés par les enceintes médiévales des Malaspina, abritèrent à partir du XIe siècle les habitants chassés par l’ensablement du port, le paludisme et l’insécurité qui sévissaient dans les lagunes. Une vingtaine de châteaux, édifiés par la famille des Malaspina ou qui leur furent confiés, coiffent encore les reliefs. L’arrière-plan s’arrête à une dizaine de kilomètres dans les Alpes Apuanes, dont les carrières de Carrare sculptent la silhouette depuis des millénaires.
La via Francigena traverse ce paysage, reliant Rome à l’Europe du Nord, serpentant entre les collines et remontant la vallée du Magra. La Via Statale n°1 (route nationale n°1) et l’autoroute A 12 installées dans la plaine, suivent la même direction.

Le refuge où Dante élabora une nouvelle paix

Ce paysage profondément humanisé n’a guère de naturel que les dauphins qui peuplent les eaux calmes. Cette zone frontière entre Ligurie et Toscane, entre Mer et Terre, fut jadis la limite entre le Génois et le Toscan, mais aussi une terre d’opposition entre Guelfes et Gibelins, une zone de conflits entre évêques de Luni et marquis de Malaspina, puis entre évêques et bourgs aspirant à l’indépendance.

Château Malaspina à Fosdinovo (Province de Massa-Carrara), où Dante fut accueilli. Juillet 2016. Cliché Sophie Clairet
Château Malaspina à Fosdinovo (Province de Massa-Carrara), où Dante fut accueilli. Juillet 2016. Cliché Sophie Clairet

La guerre, les querelles, les rapines se sont achevées par le traité de Castelnuovo-Magra ou « Paix de Dante » en 1306. Dante Alighieri mit en pratique l’hégémon décrit dans De monarchia, ce type de paix qui voit un souverain au dessus des autres leur imposer sa paix.

Au XIIIe siècle en Lunigiana, l’influence des marquis de Malaspina s’imposa face à celle des Évêques-Comtes qui finirent par disparaître de la vie politique. A ceux qui craignaient alors qu’une telle situation d’hégémonie aux mains d’un homme nourrisse la guerre, Dante répondait que quelqu’un de si puissant souhaiterait la stabilité.
C’est sous la belle lumière et à travers les paysages morcelés de Lunigiana que s’élabora sous la plume de Dante l’une des plus anciennes défenses de l’idéal civique. Dante y gagna d’être mis à l’index par l’Église jusqu’en 1880.

Leçons de Rome

Bien que les papes soient affaiblis, le Saint-Empire ne sut tirer profit de la paix de Dante. L’argumentaire était prêt mais l’empereur décéda trop tôt. Voici une lecture de Thierry Menissier qui éclaire l’idéal civique que Dante place dans l’empire : « Le peuple qui dans l’histoire du monde a triomphé par les armes et qui a imposé à presque toute l’humanité « sa » paix n’est pas n’importe quel peuple : c’est le peuple qui a promu le droit romain, c’est-à-dire celui qui a imposé sur le territoire de sa conquête la loi rationnelle valable pour tous (et non pas l’arbitraire de la volonté personnelle). Toute l’histoire du monde a même basculé autour de cet événement : l’extension à un vaste ensemble territorial de la juridiction civile unifiée inventée par les Romains. Le génie de ces derniers – expression de la « grâce spéciale » qui leur a été accordée – est d’avoir incarné la possibilité du règne de la loi ; le paradoxe de l’histoire veut que cette possibilité en soit passée par la conquête armée. » (Monarchia de Dante : de l’idée médiévale d’empire à la citoyenneté universelle)

Un havre de paix face aux nouveaux empires

Dans le centre de Carrare, la vitrine d'une boutique délaissée devient support politique. Juillet 2016. Cliché Sophie Clairet.
Dans le centre de Massa, capitale de la province et municipalité de gauche radicale Arc en Ciel, la vitrine d’une boutique délaissée devient support politique. Juillet 2016. Cliché Sophie Clairet.

Ce havre de paix façonné par l’histoire, la culture et la douceur de vivre m’a accueillie pour quelques jours de vacances le lendemain d’un attentat qui endeuillait la promenade des Anglais. En ce mois de juillet 2016, les augures de la finance prédisaient l’effondrement du système bancaire italien. Très vite, il apparut que ni les papes, ni l’empire, ni la terreur, ni la finance n’avaient pris le pouvoir dans ces contrées. Les autochtones s’étaient débarrassés du système, pas de femmes voilées, pas de policiers surarmés, « No bankomat ». Se promener avec une carte bancaire limitait grandement l’interaction avec l’économie locale alors que des espèces sonnantes et trébuchantes en poche permettaient d’accéder à des productions autant diversifiées que le permettait la variété des paysages. Partout des terres en culture, des fabriques transformant le marbre, des boutiques ouvertes jusqu’à point d’heure, des familles faisant la passeggiata. Très peu de touristes étrangers, très peu de touristes voilés, beaucoup de calme et de paix. Des enfants qui courent dans de grands éclats de rire.

Sophie Clairet