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Politique étrangère : « Le dangereux écart entre paraître et faire. Ce sont les intérêts qui comptent ! »

Schengen (Luxembourg), un morceau du mur de Berlin portant la colombe de la Paix. Cliché Sophie Clairet, 2015.

En 2014, Pr. Herfried Münkler de l’université Humboldt propose « Die gefährliche Kluft zwischen Schein und Tun. Auf die Interessen kommt es an! » au titre de contribution au débat Review 2014. Außenpolitik Weiter Denken. Le ministère allemand des Affaires étrangères a posé cette question à une cinquantaine d’experts reconnus « Si quelque chose ne va pas avec la politique étrangère allemande, qu’est-ce que c’est ? Que faut-il changer ? ». Le professeur répond en détaillant les multiples dangers d’un écart entre les véritables orientations et ce qu’on en communique. Voici une libre traduction de sa contribution.

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Crise des migrants/réfugiés – Arrivées en Grèce et en Italie de 2015 à mars 2017

Carte du jour, 18 avril 2017. Droits : Commission européenne/ECHO. Carte disponible sur : http://erccportal.jrc.ec.europa.eu/Maps/Daily-maps

Voici la carte du jour mise en ligne le 18 avril par ECHO, service de la Commission européenne à l’aide humanitaire et à la protection civile. Elle associe deux catégories d’informations, des données de localisation et des données statistiques concernant deux grands systèmes de routes de migrants et de réfugiés vers l’Europe. On distingue clairement dans les chiffres que la route qui rejoint la Grèce depuis la Turquie s’est fermée tandis que celle via la Libye vers l’Italie est en plein essor. [Note au lecteur : attention toutefois aux figurés et aux couleurs, cette carte recèle quelques inversions entre les graphiques et les étiquettes.]
Quelques jours avant la publication de cette carte, le 13 avril, le Premier ministre libyen Fayez al-Sarraj accusait dans le quotidien allemand Bild l’Union européenne de ne pas tenir ses promesses tandis que les médias occidentaux relataient le commerce d’esclave organisé par les tribus libyennes et l’état déplorable des geôles libyennes.
Publiée dans un contexte d’enchères UE-Libye en marge d’un nouvel accord, cette carte propose bien d’autres niveaux d’informations : là où les routes n’existent pas se dressent des murs.

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Tout le bleu du ciel et des balcons sur Marseille

Images inspirées par l’archipel du Frioul (1). Bleu de la mer, bleu du ciel, pierres blanches aux flancs du site le plus sec de métropole, à seulement deux milles nautiques de la troisième aire urbaine de France. Sur cet archipel, les forts et les batteries militaires érigés depuis François Ier composent aujourd’hui de sauvages balcons sur la Méditerranée.
Il fallut jadis arrêter les barbaresques, protéger Marseille comme la surveiller, mettre en quarantaine les navires et empêcher les ennemis d’accoster. Sur ce dernier bastion de nature sauvage aux portes de Marseille, la quiétude relègue la guerre bien loin en Orient, mais les pierres parlent encore de contrôle et de blessures de paix. Pour le pire mais aussi pour le meilleur. Il n’est pas interdit de penser qu’en effet le statut de terrain militaire les aura protégées d’un bétonnage touristique intensif et que la présence de forts en aussi grand nombre sous une aussi belle lumière offre le mérite de faire méditer sur l’art et la manière de faire la paix.

Depuis l’île de Pomègues sur l’archipel du Frioul, vue sur les Goudes (langue de terre qui s’abaisse dans la mer à gauche du cliché) et l’île Maïre, autrement appelée île Peyro (2). Cliché Sophie Clairet, décembre 2016.

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Instantanés du front de la propagande

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Capture d’écran du communiqué de presse mis en ligne sur le site du Parlement européen le 22 novembre 2016.

Le 23 novembre 2016, le Parlement européen a voté la « Résolution sur la communication stratégique de l’Union visant à contrer la propagande dirigée contre elle par des tiers ». Sur la base du rapport remis par l’eurodéputée conservatrice Anna Elżbieta Fotyga, ancienne ministre des Affaires étrangères de Pologne, cette résolution attire l’attention de la Commission européenne, des États membres et de l’OTAN sur les propagandes venues de Russie et de l’EIIL/Daech (dans cet ordre de présentation).

Dans le texte : le Parlement européen « 1. souligne que la propagande hostile contre l’Union européenne prend diverses formes et utilise divers outils, souvent conçus de façon à correspondre au profil des États membres, dans le but de déformer la vérité, d’instiller le doute, de diviser les États membres, d’entraîner un découplage stratégique entre l’Union européenne et ses partenaires d’Amérique du Nord, de paralyser le processus décisionnel, de discréditer les institutions de l’Union et les partenariats transatlantiques – dont le rôle dans l’architecture de sécurité et économique européenne est reconnu – aux yeux et dans l’esprit des citoyens de l’Union et des pays voisins, et de saper le discours politique européen fondé sur des valeurs démocratiques, les droits de l’homme et l’état de droit ; rappelle que l’un des principaux outils utilisés est l’incitation à la peur et à l’incertitude chez les citoyens de l’Union, ainsi que l’exagération de la puissance des acteurs étatiques et non étatiques hostiles; fait remarquer que d’autres régimes autoritaires dans le monde utilisent des stratégies semblables à celles élaborées par le Kremlin; ».

Après quinze année marquées par les images d’une « guerre contre le terrorisme » qui poussa sur les ruines du World Trade Center, l’Europe entend se protéger contre de nouvelles images. Les premières venaient de CNN et d’Hollywood – pour schématiser – les nouvelles sont portées aussi par YouTube et consorts.

Top 10 des chaînes YouTube

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Le premier graphique donne une idée du profil des diffusions de masse : musique, programmes pour enfant, programmes trash. Certaines de ces chaînes ont ouvert des filiales, diversifié leurs langues et adapté leurs contenus aux cibles. D’ailleurs le 29 novembre 2016, France Inter invitait la rédactrice en chef de BuzzFeedFrance pour promouvoir « un virage d’enquête et d’info ».

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Si l’on rapporte le nombre de vues à la population du pays d’origine des chaînes YouTube, le classement se trouve substantiellement modifié. Les Pays-Bas et leurs quelques 16 millions d’habitants sont capables de faire la chaîne Spinnin’Records qui engrange plus de 9,3 milliards de vues sur des vidéos musicales qu’elle produit (par exemple Martin Garrix à ses débuts). Sur ce type de graphique, les Russes performent davantage que des Américains qui maîtrisent pourtant les tubes et le véhicule principal, l’anglais. Get Movies et Mashamedvedtv doivent leur classement au dessin animé Masha et Michka. Le 17e épisode diffusé en janvier 2012 sur la première a été visionné plus d’1,8 milliard de fois (en date du 29/11/2016), si bien que la seconde porte la diffusion des épisodes en HD depuis 2013.

Compte tenu de la résolution du Parlement européen

> Est-ce que Spinnin’Records va agrémenter ses vidéos musicales d’images d’une Europe unie et indépendante de stratégies étrangères ? Autrement dit est-ce que l’Europe peut prendre conscience qu’elle abrite des capacités d’influence avérées – et se placer dans une logique proactive.

> Est-ce que la petite fille et l’ours du dessin animé russe Masha et Michka seront interdits ? Autrement dit est-ce que l’Europe entend répondre à la propagande en tuant des ours – et se placer dans une logique de censure et d’embargo.

> In fine qui va agir pour l’Europe, et l’Europe, c’est qui ?

Bons baisers d’Europe, Madagascar 3. Notes prises au cinéma en juillet 2012

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« Les enfants dans la salle n’ont pas tellement rigolé, les parents non plus, à part à deux ou trois reprises, rien à voir avec une explosion de rires. Je n’ai pas ri, certes, je prenais des notes et du coup je ne suis pas rentrée à fond dans les images. C’est un vrai festival, le tigre russe antipathique qui apparait chaque fois avec les chœurs de l’armée rouge, incapable de sortir des héritages du passés, la loutre italienne qui négocie avec le lion US et le tigre russe, la belle « léopard » (je ne sais pas si c’était un léopard) italienne qui les convainc de s’entendre et passe du Russe à l’Américain. Le cirque s’arrête à Rome poussiéreuse dans ses ruines où il rate tout, dans les Alpes suisses où tout repart, puis à Londres (il est écrit Europower sur la tente du chapiteau) où il « casse la baraque » et se fait repérer par un producteur US, avant de partir à NY. Au début, le chef c’est le tigre russe has been. Le numéro est nul, fait fuir tous les spectateurs à un point tel que le cirque s’enfuit en laissant l’argent de la recette (les singes africains envoient les billets en l’air). Numéro raté, musique d’avant le Déluge. A la fin, le lion américain est le boss reconnu par tous. La France, « ici on ne travaille que 15 jours par an » (dans la bouche des pingouins commandos US qui expliquent pourquoi à peine posés au sol, les singes africains s’enfuient dans la nature malgré le contrat signé qui leur demande de travailler). Tout ce que veut la méchante, c’est à dire la capitaine française Chantal Dubois, qui se transforme en araignée pour pister les gentils, c’est accrocher la tête du lion à son mur. « Elle est chtarbée », « la psychopathe nous rattrape ». Elle essaie de se mettre la police italienne dans sa poche en chantant du Piaf là ou le lion US remet tout en ordre avec un spectacle 3 D bluffant et de la musique carrément « fun ». Elle pleure des larmes noires de son maquillage qui coule, finit dans une caisse avec les policiers qui ont eu la bêtise de la suivre, expédiée depuis NY direction Madagascar pendant que le cirque européen/US/russe part à l’aventure sur une formule renouvelée où grâce au lion US, le tigre russe a retrouvé l’envie de vivre. Chantal Dubois n’est pas au niveau de l’attirail des pingouins US avec leurs armes super sophistiquées, elle n’a que la seringue hypodermique et sa méchanceté. »

Sophie Clairet

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Jalousie territoriale, propos d’un étranger

Vendredi 4 novembre, 15 h 45 devant la grille d’une école à Metz.

Scène 1

Une grand-mère serre sa veste et lance à son compagnon une remarque sur « la météo qui n’est pas ici comme dans le sud ». Assez fort pour que l’on entende qu’elle y retournera bien vite. Son accent lorrain ne laisse pas deviner de quel sud elle parle.

Scène 2

Une maman qui se tient juste à sa droite dans la foule l’apostrophe avec le même accent :
– « Ah, vous êtes du sud ! Moi aussi ! D’où venez-vous ? »
La grand mère à l’accent lorrain : « Près de Perpignan. On y retourne d’ailleurs, près de chez notre fils (brouhaha…) entre les Pyrénées et la Méditerranée. Ici ce matin, on avait 3 degrés, là bas, il avait 18° ! ».
– La maman à l’accent lorrain : « Moi je suis de Cassis ».
Leurs visages se rapprochent, les femmes se parlent tout bas quelques secondes avant de s’exclamer plus haut « Voilà, ils sont superficiels. Par contre, il paraît qu’une fois qu’ils nous ont adoptés, c’est pour la vie ».

Scène 3

D’observatrice amusée, je ne résiste pas à devenir actrice de cette scène de la nation française. Tant qu’à faire, autant participer en lançant sans gommer mon accent pour une fois « moi qui viens du sud, je vous garantis qu’ici, ce n’est même pas la peine d’espérer entendre autre chose que « dans le sud les gens sont sales, pas sérieux ». Même pas la peine d’espérer ne pas subir une remarque désobligeante si on vient du soleil ». Leur yeux s’arrondissent et je reprends « En arrivant ici, nous sommes des.. » les trois finissent la phrase avec le mot « … étrangers ». Puis ils s’avancent vers la grille tandis que la cloche sonne.

Intérêt pour GeoSophie

Je reconnais ce petit moment d’émotion où dans ce froid si loin de chez moi, le mal du pays s’est mêlé à un sentiment d’injustice : « qui sont-ils ces gens pour se revendiquer d’un sud dont ils méprisent les habitants ? ». On se dit en s’installant ici que l’accent du sud est un peu fort, alors on tente de le gommer. On se dit aussi que les gens du lieu ont vécu de nombreux drames et qu’il ne faut surtout pas parler du sud et de son soleil mais les écouter. Mais à force d’entendre « le soleil ne fait pas tout », et autres amabilités, même quand on se tait et qu’on se fait petit, on se dit que le sujet dépasse franchement l’anecdote.
Il existe une véritable jalousie territoriale chez les habitants. Elle se renforce avec la fuite des talents vers la région parisienne ou le « sud ».

Des échanges défavorables avec le reste de la France (titre de l’INSEE, ndlr)

Cette donnée-là est statistique, ce que montre l’étude publiée par l’INSEE en octobre 2016 Un attrait des actifs pour les régions du sud de plus en plus fort. Rapportée à une Région Grand Est qui n’existait pas encore en 2007, cette carte montre que les actifs quittent le territoire plus qu’ils ne viennent s’installer.

Carte issue de la publication de l’INSEE, Un attrait des actifs pour les régions du sud de plus en plus fort, octobre 2016.
Carte issue de la publication de l’INSEE, Un attrait des actifs pour les régions du sud de plus en plus fort, octobre 2016.

Il faut noter que cette étude est fondée sur des statistiques de 2007, c’est à dire antérieures à la fermeture des bases militaires et des derniers hauts fourneaux. Or entre 2008 et 2013, la population de l’agglomération messine a perdu à elle seule 8 100 personnes.

Quid de la nation française dans ce contexte ? Quel message d’union à l’heure des nouvelles régions et des nouvelles marques de territoire ancrées dans le TPMG (Tout Pour Ma Gueule) ? Lorsqu’on est basé à Paris, on ne sent pas forcément ce mélange d’envie et de méchanceté pour l’autre Français suspect d’avoir plus de chance. Les politiques luttent contre l’ostracisme qui se manifeste à l’encontre des étrangers de peau, de religion, de sexe… Bref comme si le territoire national était une affaire entendue. Mais ce postulat n’est pas si assuré, y compris devant la grille d’une école publique dans le centre d’une agglomération de plus de 200 000 habitants.

Sophie Clairet

Image du haut : Château de Mercy (1905), symbole de la résistance de la Lorraine aujourd’hui à l’abandon. Cliché Sophie Clairet, septembre 2016.

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Faire & savoir faire savoir : l’Islande au top de l’efficacité

Vignette de présentation de Sveinn Birkir Björnsson, directeur des publications de l'agence de promotion de l'Islande.
Vignette de présentation de Sveinn Birkir Björnsson, directeur des publications de l’agence de promotion de l’Islande.

Le 19 octobre 2016, EFFIE, le prestigieux Grand Prix de la campagne de communication la plus efficace a récompensé l’agence The Brooklyn Brothers & Íslenska pour Ask Guðmundur: World’s First Human Search Engine. Depuis le lancement début 2015 de cette campagne, sept Islandais répondant à l’un des prénoms les plus répandus du pays – Guðmundur ou Guðmunda, d’âges variés et localisés dans les régions d’Islande répondent directement aux questions des touristes étrangers (cible du marché en plus forte croissance en Islande). Quelle est la température de l’eau, y a t’il des forêts, peut-on venir avec des enfants, etc. Les vidéos réponse postées sur la chaîne YouTube dédiée font la part belle aux paysages sans fioriture, « les secrets » du pays sont à portée d’humain.

EFFIE récompense pour la deuxième fois la promotion de l’Islande. Déjà la marque Inspired by Iceland (la maison mère) avait reçu l’or en septembre 2011. Cette nouvelle couronne démontre que cinq ans après son lancement, Inspired by Iceland fonctionne effectivement comme un cadre de promotion concret de l’Islande. La campagne Barcelona Inspira lancée en 2015 puis la marque Inspire Metz dévoilée mi-octobre 2016 font comprendre que ce succès venu d’un petit territoire insulaire aux marges de l’Europe suscite l’envie. Pour autant il y a loin entre l’original et les copies, Inga Hlín Pálsdóttir, directrice Visit Iceland & Creative Industries rappelle :

« It’s important to understand that the country is the brand itself »

En effet, le territoire islandais nourrit l’image de promotion (branding, marketing…) et la leste d’une charge permettant de faire caisse de résonance à un projet politique. L’un de ses ingrédients, les débats portés par le tout jeune Piratar (Parti pirate) devenu la troisième force du pays hier aux élections législatives du 29 octobre 2016, constitue la filigrane d’Ask Guðmundur: World’s First Human Search Engine.

Efficacité

Le jury d’EFFIE estime que « grâce à leur approche humoristique et une solution créative fondée sur l’importance du savoir ancré dans le local et l’humain, ils ont généré la croissance la plus forte et la plus rapide que le secteur touristique islandais ait jamais réalisée ». Cette campagne de promotion se distingue dans les catégories de la meilleure démonstration d’efficacité intégrée, David vs. Goliath et Petit budget.
Et de fait, le tourisme est devenu le principal pilier de la croissance économique de l’Islande, laquelle s’élève à 4% par an. Le nombre de touristes est en hausse de 20% par an et atteindrait 1,7 million en 2016 – soit plus de quatre fois le nombre total d’habitants. Les statistiques détaillées figurent dans les registres du FMI, de l’OMC, du Cia Factbook, etc.

Signification politique

L’un des prénoms les plus répandus d’Islande, Guðmundur, est donné à un système d’information qui représente l’inverse de ce qu’offre Google. Déjà, un mot pareil défie les canons du référencement ne serait-ce que par sa graphie autochtone et non anglaise. La presse n’a pas manqué de souligner une alternative à Google dès 2015 :  » En effet, les ­internautes sont souvent autant à la ­recherche de conseils que de faits. L’Islande l’a d’ailleurs parfaitement compris en lançant en mai son initiative de « moteur de recherche humain ».  » Même ton sur les sites spécialisés dans le tourisme : « Fini les réponses froides et mécaniques de Google »
Barack Obama en visite officielle sur l’île le 13 mai 2016 qui s’interroge sur le nombre des Guðmundur, a bien compris la tonalité et engage la joute :

Guðmonda du sud de l’île, une jeune femme en tenue de football en ces temps d’Euro2016, lui répond que parfois même les présidents ont besoin de Guðmundur, avant de faire rebondir le ballon et de laisser tomber son micro pour vaquer à d’autres occupations :

Au printemps, cet échange d’amabilités se déroule sur fond d’ascension du Parti pirate dans l’opinion publique islandaise. Ask Guðmundur n’a strictement rien à voir avec la promotion d’une activité touristique par l’esthétique, d’ailleurs les paysages jouent sur la rugosité du réel et non sur un univers onirique de mannequins filiformes. Bien davantage, elle arbore l’identité islandaise comme étendard de ralliement, c’est au tour du pays tout entier de faire « marque ».

L’élément d’une chaîne

Les observateurs politiques annoncent depuis plusieurs mois une avancée significative du Parti pirate islandais aux élections législatives du 29 octobre. Après avoir conquis en 2013 trois sièges d’un Parlement qui n’en compte que 63, le jeune parti créé en 2012 a notamment profité du scandale suscité par la révélation des Panama Papers en avril 2016. Le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson avait été poussé à la démission par la descente dans la rue de 20 000 Islandais, tandis que Birgitta Jonsdottir, ancienne porte-parole de WikiLeaks, co-fondatrice du Piratar et député renforçait davantage sa position.

Visuel d'Iceland Academy; la nouvelle campagne de promotion qui permet de gagner des séjours.
Visuel d’Iceland Academy, la créa islandaise de 2016 qui forme les touristes et leur fait gagner des séjours.

Le moteur de recherche d’informations humain Guðmundur n’est que l’élément d’une chaîne. Un an après l’avoir lancé, Inspired by Iceland s’est doté d’une Iceland Academy pour informer (ndlr) former les touristes désireux de visiter le pays. Voilà une logique imparable : après l’information, la formation par des gens du cru. Répondre correctement aux évaluations permet de gagner des écussons – finalement il s’agit de clés métaphoriques – puis un séjour garanti comme 100% hors des sentiers battus. Les visiteurs qui auront adopté la démarche initiatique se détourner de « Google », demander aux guides locaux, avoir l’humilité de se former, etc. en verront davantage. Voilà, l’île quasi-déserte battue par les vents s’accordera le luxe de sélectionner les touristes dignes de la visiter. Il le faudra bien car l’Islande, dépassée par le succès de ses campagnes de promotion, est saturée au sens propre et les lslandais disparaissent du paysage.

A l’autre extrémité du modèle, l’approche symétriquement inverse a démarré dans les nouvelles régions et métropoles françaises en plein essor. On prend l’habitude ici qu’une « marque de territoire » sans identité territoriale assumée, voire sans signification claire autre qu’une musique « qui sonne bien » et en appelle à la fierté d’en être, soit fièrement présentée comme solution pour faire émerger un territoire produit contre la concurrence. Quel est le projet politique à décoder dans les marques Onlyon, SoToulouse, Osez Bordeaux ? Gagner en ostracisant une autre ville ?

Sophie Clairet

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Rentrée numérique :) SWAGG !!! Mon collège s’appelle GMAIL

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Prise de note en réunion, par Sophie Clairet.

Cette année, le collège de Titiswagg passe un cap. Comme il paraît qu’il faut se mettre au numérique, le professeur de technologie demande aux élèves de se créer un compte GMAIL pour travailler en classe. Titiswagg prononce ce mot avec une sorte de fierté, GMAIL c’est trop SWAGG !!! Bon, ses parents lui créent un compte « bidon » – juste pour qu’il puisse partager du Google.doc et un agenda avec son groupe de travail et son prof. Comment ce serait SWAGG d’avoir un mail sur la poste.net avec partage de doc… En même temps ils lui créent un compte chez leur fournisseur, celui là sera le sien personnel.

Déjà une usine à gaz… Combien de temps avant que Titiswagg se simplifie la vie et n’utilise plus que GMAIL ?

Comme il paraît qu’il faut fluidifier les communications, le nouveau CPE sort une adresse GMAIL pour qu’on lui adresse directement les absences. Cette fois, maman Titiswagg a le seum, et lève le doigt lors de la grande messe de rentrée pour lui demander « avez vous prévu d’utiliser votre plateforme numérique sécurisée – ENT administrée par Monsieur Atos, ndlr -, là où on trouve les devoirs et les bulletins scolaires, qui prévoit déjà un système de mail ? En fait tout est déjà en place, il faudrait que vous renseigniez le contact vie scolaire par exemple. Parce que c’est prévu pour, c’est sécurisé, on a des mots de passe qui réduisent le risque que quelqu’un envoie un mail à notre place, c’est hébergé en France. Pourquoi donc aller chez GMAIL et envoyer aux States les certificats médicaux de nos trolls ? ». La réponse du CPE, un peu gêné par la question, d’autant qu’il était vraiment très fier d’avoir trouvé une adresse GMAIL trop SWAGG : « Ben nan mais en fait, GMAIL c’est à l’essai, on verra au bout d’un an ». Et puis ajoute le chef d’établissement pour clore un débat imprévu « qui me prouve que ENT est plus sûr que GMAIL » ?

Maman Titiswagg a presque pu répondre – mais c’eût été fort malpoli, le sujet était passé à autre chose et les regards aussi :
– … « le logo de votre ministère et des départements, après si vous me dites que je ne dois pas avoir confiance, bon alors ne mettez pas non plus les bulletins et rendez les impôts… » ;
– « … demandez aux conservatoires de musique… leur système permet aussi d’envoyer des mails à des milliers de parents tout en se protégeant avec une adresse noreply… Et niveau citoyenneté, ce que vous faites, c’est un peu la honte par rapport aux pratiques des écoles du ministère de la culture… ».

Combien de temps avant que le collège se simplifie la vie et n’utilise plus que GMAIL ?

Décharabiseur :

EPI : Équipement de protection individuelle, selon la directive 89/686/CEE « tout dispositif ou moyen destiné à être porté ou tenu par une personne en vue de la protéger contre un ou plusieurs risque(s) susceptible(s) de menacer sa santé ainsi que sa sécurité au travail, ainsi que tout complément ou accessoire destiné à cet objectif. » Mais pour Titiswagg, c’est un « Enseignement pratique interdisciplinaire ».
Soclé : qui fait partie du socle commun de compétence, de connaissance et de culture tel que définit ici : « Le « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » constitue l’ensemble des connaissances, compétences, valeurs et attitudes nécessaires pour réussir sa scolarité, sa vie d’individu et de futur citoyen. »
Cyclé : Ce qui est soclé (voir supra) est programmé dans un cycle d’enseignement et devient cyclé.
Seum : énervé ou triste.
Swagg : branché.

Sophie Clairet

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Changer d’échelle en Lunigiana

Panorama depuis les collines de Montemarcello, juillet 2016. Cliché Sophie Clairet
Panorama depuis les collines de Montemarcello, juillet 2016. Cliché Sophie Clairet

Au delà des forêts qui tapissent la colline de Montemarcello, s’étendent la succession des marinas et plages sur le front de mer et la plaine lagunaire enrichie par les eaux du Magra, plantée de cultures maraichères. Ces terres recouvrent en partie l’antique cité de Luna, capitale historique de Lunigiana et grand port impérial d’où partait le marbre de Carrare – baptisée Luna en l’honneur de la déesse de la Lune.
Au second plan les villages perchés, dominés par les enceintes médiévales des Malaspina, abritèrent à partir du XIe siècle les habitants chassés par l’ensablement du port, le paludisme et l’insécurité qui sévissaient dans les lagunes. Une vingtaine de châteaux, édifiés par la famille des Malaspina ou qui leur furent confiés, coiffent encore les reliefs. L’arrière-plan s’arrête à une dizaine de kilomètres dans les Alpes Apuanes, dont les carrières de Carrare sculptent la silhouette depuis des millénaires.
La via Francigena traverse ce paysage, reliant Rome à l’Europe du Nord, serpentant entre les collines et remontant la vallée du Magra. La Via Statale n°1 (route nationale n°1) et l’autoroute A 12 installées dans la plaine, suivent la même direction.

Le refuge où Dante élabora une nouvelle paix

Ce paysage profondément humanisé n’a guère de naturel que les dauphins qui peuplent les eaux calmes. Cette zone frontière entre Ligurie et Toscane, entre Mer et Terre, fut jadis la limite entre le Génois et le Toscan, mais aussi une terre d’opposition entre Guelfes et Gibelins, une zone de conflits entre évêques de Luni et marquis de Malaspina, puis entre évêques et bourgs aspirant à l’indépendance.

Château Malaspina à Fosdinovo (Province de Massa-Carrara), où Dante fut accueilli. Juillet 2016. Cliché Sophie Clairet
Château Malaspina à Fosdinovo (Province de Massa-Carrara), où Dante fut accueilli. Juillet 2016. Cliché Sophie Clairet

La guerre, les querelles, les rapines se sont achevées par le traité de Castelnuovo-Magra ou « Paix de Dante » en 1306. Dante Alighieri mit en pratique l’hégémon décrit dans De monarchia, ce type de paix qui voit un souverain au dessus des autres leur imposer sa paix.

Au XIIIe siècle en Lunigiana, l’influence des marquis de Malaspina s’imposa face à celle des Évêques-Comtes qui finirent par disparaître de la vie politique. A ceux qui craignaient alors qu’une telle situation d’hégémonie aux mains d’un homme nourrisse la guerre, Dante répondait que quelqu’un de si puissant souhaiterait la stabilité.
C’est sous la belle lumière et à travers les paysages morcelés de Lunigiana que s’élabora sous la plume de Dante l’une des plus anciennes défenses de l’idéal civique. Dante y gagna d’être mis à l’index par l’Église jusqu’en 1880.

Leçons de Rome

Bien que les papes soient affaiblis, le Saint-Empire ne sut tirer profit de la paix de Dante. L’argumentaire était prêt mais l’empereur décéda trop tôt. Voici une lecture de Thierry Menissier qui éclaire l’idéal civique que Dante place dans l’empire : « Le peuple qui dans l’histoire du monde a triomphé par les armes et qui a imposé à presque toute l’humanité « sa » paix n’est pas n’importe quel peuple : c’est le peuple qui a promu le droit romain, c’est-à-dire celui qui a imposé sur le territoire de sa conquête la loi rationnelle valable pour tous (et non pas l’arbitraire de la volonté personnelle). Toute l’histoire du monde a même basculé autour de cet événement : l’extension à un vaste ensemble territorial de la juridiction civile unifiée inventée par les Romains. Le génie de ces derniers – expression de la « grâce spéciale » qui leur a été accordée – est d’avoir incarné la possibilité du règne de la loi ; le paradoxe de l’histoire veut que cette possibilité en soit passée par la conquête armée. » (Monarchia de Dante : de l’idée médiévale d’empire à la citoyenneté universelle)

Un havre de paix face aux nouveaux empires

Dans le centre de Carrare, la vitrine d'une boutique délaissée devient support politique. Juillet 2016. Cliché Sophie Clairet.
Dans le centre de Massa, capitale de la province et municipalité de gauche radicale Arc en Ciel, la vitrine d’une boutique délaissée devient support politique. Juillet 2016. Cliché Sophie Clairet.

Ce havre de paix façonné par l’histoire, la culture et la douceur de vivre m’a accueillie pour quelques jours de vacances le lendemain d’un attentat qui endeuillait la promenade des Anglais. En ce mois de juillet 2016, les augures de la finance prédisaient l’effondrement du système bancaire italien. Très vite, il apparut que ni les papes, ni l’empire, ni la terreur, ni la finance n’avaient pris le pouvoir dans ces contrées. Les autochtones s’étaient débarrassés du système, pas de femmes voilées, pas de policiers surarmés, « No bankomat ». Se promener avec une carte bancaire limitait grandement l’interaction avec l’économie locale alors que des espèces sonnantes et trébuchantes en poche permettaient d’accéder à des productions autant diversifiées que le permettait la variété des paysages. Partout des terres en culture, des fabriques transformant le marbre, des boutiques ouvertes jusqu’à point d’heure, des familles faisant la passeggiata. Très peu de touristes étrangers, très peu de touristes voilés, beaucoup de calme et de paix. Des enfants qui courent dans de grands éclats de rire.

Sophie Clairet

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Scène de jeu pour paysage de guerre

Plaine d'Alsace vue du Haut-Koenigsbourg. Retouche d'image et crayons de couleurs. Cliché Sophie Clairet, 29 décembre 2015.
Plaine d’Alsace vue du Haut-Koenigsbourg. Retouche d’image et crayons de couleurs. Cliché Sophie Clairet, 29 décembre 2015.

Sur mon ordinateur, en fond sonore les milliers d’émissions sur Charlie. Je me souviens de l’an passé. Et soudain, je comprends ce qui m’a gênée dans le documentaire « Cellule de crise », Attentats 2015 : dans le secret des cellules de crise diffusé dimanche sur France 2. Il manque un acteur.